L’heure de la soupe individualiste

Qu’est-ce que l’individu ?

99 contre 30. 99 livres trouvés sur « Amazon » grâce à la recherche « individualisme » contre 30 pour « égoïsme ». A n’en pas douter l’individualisme est un bon filon commercial qui n’est pas encore totalement exploité. Un petit antidote « anti-individualiste » par ici, un petit bréviaire du « communautarisme » par là… L’individu est l’ennemi public numéro 1. Il est responsable de tous les maux : perte des repères, des valeurs, fragmentation du social… Or qu’est-ce que l’individu ? Ne se trompe-t-on pas de cible ? N’est-ce pas une solution bien pratique de sonner la charge sur un concept qui suggère plus qu’il ne signifie ?

Le discours paraît confondre « individu » et « ego » bien que les concepts se rapportent à différents contenus.
Que vaut l’individualisme ? Nous n’apporterons pas de réponse à cette question car le but poursuivi n’est pas ainsi. Il s’agit de monter en quoi l’« individu » n’est pas une maladie sociale.

« Individu » vs « égoïsme »

Pourquoi accable-t-on l’« individu » ? Ne peut-on pas constater des comportements inacceptables : absence de politesse, de « savoir-vivre » en collectivité, « incivilités » et autres faits divers pour journaux locaux ? Ne sont-ce pas des individus qui sont responsables de cela : ne voient-ils pas seulement leur propre intérêt ? Certes. Mais pourquoi désigner l’« individu » comme responsable ? Toute cette petite « soup’philosophie » oublierait-elle ce qu’est l’« égoïsme », « défaut qui consiste à rapporter tout à soi, qui dispose à la recherche exclusive de son intérêt propre et à l’indifférence pour autrui » selon la Très Sainte Académie Française dont le Dictionnaire « contient (sic) les mots de A à ONGLETTE ». La confusion paraît patente : confondre une manière « d’être » – individu – et un « défaut ». La difficulté se concentre sur ce point : éviter de prendre une affirmation de qui je « suis » pour un comportement d’une idiotie chaque jour épatante.

Le vrai « individu »

On l’aura compris l’« individu » n’est pas le péché originel de la société.
Je vais reprendre ici mon commentaire, virulent, effectué sur « Critique, et critique de la critique » au sujet de « La “génération Matrix” : un exemple de pub’sociologie » :

Un des problèmes est que cette fabrication industrielle, cette chaîne de production automatique de signifiants qui ne signifient plus rien, laisse penser qu’à l’intérieur de ces ensembles il existe des individus et que d’ailleurs l’individu se définit par rapport à cette multitude.

1/ Cependant définir des groupes d’individus de cette façon est une pure blague. On individualise la masse informe par des slogans marketing : quelle originalité ! Génération portables″, ″génération mangas″, ″génération pilule du lendemain″, ″génération Matrix″, ″génération Internet″, ″génération techno″, ″génération portables de troisième génération″, ″génération Sida″, ″génération désenchantée″, ″génération loft story »… et autres bêtises viennent vous dire : pour être un individu il faut avoir un portable, regarder la soupe télévisuelle, … Ainsi l’individuation se fait par l’extérieur : « tu seras individu. ». On prend la masse et si elle possède les accessoires « individualisants », on lui délivre son passeport mondial d’individu. Tout ce processus est extérieur à l’ « individu » qui devient tel par une convention, en se pliant à la norme, alors que l’on devient soi même individu : il y a normalement de l’affirmation de soi comme unité dans la multitude, j’appartiens à une communauté mais je suis particulier, je suis un individu. Et non le contraire : ce n’est pas la communauté qui me déclare individu grâce à des critères normatifs imposés.

2/ Le deuxième sketch est pour moi de faire croire que ces pseudo-générations définissent des groupes d’ « individus ». Des ensembles de moutons, de masses aformes, certes mais pas des individus. Ces groupes mettent ensemble des objets (à la rigueur des sujets…) mais certainement pas des individus. « Individu : Tout être concret formant une unité distincte et identifiable, et qui ne peut être divisé sans être détruit. » (dictionnaire de l’Académie Fr.). En quoi puis-je identifier un « individu » de ces « générations » : ne ressemble-t-il pas exactement aux autres car c’est justement ce que veulent faire savoir ces « générations » ? « J’ai vu Matrix. Moi aussi. J’ai un portable. Moi aussi… » : sont-ce réellement des individus qui parlent ou plutôt des membres indifférenciés d’un même troupeau ?

Je pense que ces « générations » viennent donner une illusion de pseudo-individualité, de pseudo-je-suis-unique à des masses de plus en plus informes voire aformes dans un monde où un homme peut-être remplacé par un autre (emploi, marchés économiques, ….) et donc où la singularité est absente. Certes il faut la conquérir mais cela ne passe pas par de la passivité : on ne conquiert rien à partir de son fauteuil ou de son caddy.

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Classé dans Philosophie, Société

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