Toi, Le Monde, et la philo – I

Marx

  • « Fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire est le rôle d’un journal comme Le Monde. » (1)

     

    Le journal tient toutes ses promesses à en juger par « la dernière édition du journal Le Monde », sorte de version « démo » du journal : on voit les dessins, les titres, mais si tu veux lire, tu payes. L’approvisionnement en « clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire », vu par ce grand quotidien, se traduit de cette façon : « L’Europe sous pression pour une baisse des taux. » Bizarrement, le titre paraît quelque peu annoncer le passionnant récit de ces folles dernières journées boursières. Où sont alors les « clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » ? Peut-être plus bas (toujours en gros caractères) : « À Hollywood, les scénaristes en grève perturberont-ils les Oscars ? » Ouf ! « <L>e rôle d’un journal comme Le Monde » est tenu.

 

 

  • « C’est aussi, depuis toujours, le travail de la philosophie. » (2)

     

    On récapitule pour ceux au fond de la classe qui font les cons. « C’est aussi, depuis toujours, le travail de la philosophie. » que de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire ». Vous noterez au passage le déplacement : ce rôle incombe d’abord « à un journal comme Le Monde. » mais, « <c>’est aussi, depuis toujours, le travail de la philosophie. » Comprenez : la philosophie et Le Monde, ou plutôt dans le bon ordre, Le Monde et la philosophes : même combat. Enchanté de l’apprendre.

    « C’est aussi, depuis toujours, le travail de la philosophie. » que de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire ». Tout à fait, d’ailleurs la théorie causale d’Aristote ne remplit-elle pas cette fonction ? Et l’union de l’âme et du corps chez Malebranche ? Quel garnement oserait dire le contraire ? Le rôle de la philosophie serait de « fournir des clés », des outils pour comprendre. Par contre, la compréhension est une chose qui ne relève pas du travail du philosophe, lui le magasinier des concepts, voire le créateur pour les plus acharnés. Quoi qu’il en soit, l’analyse n’est pas de son ressort : affaire trop sérieuse pour lui. On pourrait peut-être confier cette tâche à un journal ? Pourquoi pas Le Monde par exemple ?

 

 

  • « Comme le souligne Roger-Pol Droit, « les philosophes ne sont pas des extraterrestres, mais des gens comme nous, avec leurs craintes, leurs émois, leurs espérances et leurs idées fixes. Inutile de les révérer comme des dieux. Inutile aussi de les craindre comme s’ils devaient être nécessairement ennuyeux, arrogants et incompréhensibles. Il faut aller les voir, ne pas hésiter à les fréquenter. » »

    Tu vois la philo, c’est comme toi. Toi pas avoir peur philo car philosophes pas méchants, eux gentils parce que eux comme toi. Tu te demandes quand tu iras aux soldes, est-ce que ton gamin à besoin d’aller chez le psy, si ta belle-mère est vraiment une salope ? T’inquiète, les philosophes sont pareils. D’ailleurs peut-être qu’ils pourraient te « fournir des clés pour comprendre le présent et <t>’orienter dans l’histoire », ce que fait d’ailleurs « un journal comme Le Monde. », ton journal. Tu as lu ? Ça y est ? Ta vie s’est éclairée ? Tu comprends le monde ? C’est bon, va. Une fois que est « all<é> voir », que tu as « fréquenté », les « philosophes », tu peux retourner chez toi. Toi, le monde, la philo : ne mélange pas tout !

 

  • « Le XXIe siècle sera philosophique ou ne tiendra pas. » (4)

    Amen.

     

    « « On comprend mieux le monde à travers l’économie ». Tenter de le comprendre … et de l’expliquer, au jour le jour, tel est l’objectif de ma chronique. […] Avec la conviction que ce qui compte, ce sont d’abord les faits, qu’il faut les regarder tels qu’ils sont. Avant d’en débattre. » (5)

 

 

_________________

     

  1. « La philo en vingt volumes » du 17 janvier 2008 paru dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/01/17/la-philo-en-vingt-volumes_1000311_3260.html

  2. Ibid.

  3. Encore pareil

  4. Sire « André Glucksmann, philosophe », dans « Platon : penseur de la mondialisation », Le Monde des livres, 24 janvier 2008 : http://www.lemonde.fr/livres/article/2008/01/24/platon-penseur-de-la-mondialisation_1003003_3260.html

  5. Épitaphe du « blog de Erik Izraelewicz » (lui c’est Les Échos)

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16 Commentaires

Classé dans Philosophie

16 réponses à “Toi, Le Monde, et la philo – I

  1. Toi y’en a bien singé ton maître. Toi peut être satisfait. Toi devrais changer Le Monde (pas bien) par Figaro (pas bien), Libé (pas bien), Les Echos (pas bien), Bibi Fricotin (pas bien) et Fripounet (pas bien), Cratylogos (bien !). Singerie informelle passe-partout, posture pseudo critique, geste. Li petit nègre, moi y’en a savoir ici où il est. Craty-critique ou logos-cacahuète ?

  2. L’oeil cynique devenu presbyte.
    Comme dit le Savoir Universel (http://fr.wikipedia.org/wiki/Presbytie) : « La presbytie est un trouble de la vision qui rend difficile la focalisation de la vision pour lire ou effectuer un travail de près. Ce n’est pas une maladie mais un processus de vieillissement normal de l’œil et plus particulièrement du cristallin qui se sclérose en se durcissant. »

  3. Monsieur Teste répond à Cratylogos :

    « Je méprise vos idées pour les considérer en toute clarté et presque comme l’ornement futile des miennes ; et je les vois comme on voit en pleine eau pure, dans un vase de verre, trois ou quatre poissons rouge faire, en circulant, des découvertes toujours naïves et toujours les mêmes. »

  4. Castoriadis cité par Simon Poilras répond à Monsieur Teste qui répond à Cratylogos qui répond à Corvus corax : « Ne pas se dresser contre l’imposture, ne pas la dénoncer, c’est se rendre coresponsable de son éventuelle victoire »

  5. Hélas toujours les mêmes références, celles de vos maîtres. Soyez original, allez chercher votre citation un plus loin que celle qui orne la page d’accueil d’un autre… Seriez-vous myope ? Pauvre serf attaché à sa tenure et payant corvée à son seigneur (corvée pas corvus, ne mélangez pas tout). La trifonctionnalité crétinlégo, la trifonctionnalité !

  6. Pour les amateurs de citations inédites :

    « Cette contrainte à former des concepts, des espèces, des formes, des fins, des lois – “un monde des cas identiques” – l’on ne doit pas le comprendre dans ce sens que nous serions capables de fixer un monde vrai ; mais en tant que contrainte à nous arranger un monde où notre existence est rendue possible – nous créons de la sorte un monde calculable, simplifié, compréhensible, etc. »
    Nietzsche, FP XIII, 9 [144]

    Encore ?

    « dans un monde où il n’existe pas d’“être”, il faut que soit d’abord constitué par le “paraître” un certain monde rationnel de cas identiques : un “tempo” dans lequel observation et comparaison soient possibles, etc »
    Nietzsche, FP XIV, 14 [93]

  7. Vouloir échafauder une critique à partir de ce que vous percevez comme une hiérarchie de légitimité langagière entre discours médiatique et constructionnisme philosophique naît spécieusement de la place d’un adverbe, « aussi », situé entre deux phrases dont le classement, l’ordre ou la primauté n’ont pas à être établis (ces deux propositions ne sont pas de subordination). En effet, « aussi » renvoie soit à « ajout », soit à « égalité ». Or, « ajouter » ne signifie pas « subordonner » et le sens d’égaliser suffit à évacuer toute connotation de pouvoir.

    Cette spéciosité est doublée par un autre fait, bien supérieur à celui que vous pointez : on assiste, de la part du « Monde », à une entreprise de publicisation de la philosophie par l’édition de textes classiques en partenariat avec Flammarion. La réciproque n’a à mon sens jamais été vérifiée et il apparaîtrait incongru de la part d’un éditeur d’oeuvres philosophiques tel que J. Vrin de compiler des articles du « Monde » dans le but de les vendre. C’est là qu’apparaît une échelle de valeur, et cette échelle donne un primat à la philosophie.

    Finalement, discours médiatique et constructionnisme philosophique possèdent donc chacun leur manière de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » (et il existe de bonnes analyses médiatiques comme il paraît d’absurdes prétentions philosophiques). Et d’autre part, comme il vient d’être dit – c’est remarquable dans l’article que vous citez à travers l’entreprise éditoriale du « Monde » – s’il y a déférence entre les deux types de langages, celle-ci procède bien du journalisme.

  8. « En effet, « aussi » renvoie soit à « ajout », soit à « égalité ». »

    Si « aussi » renvoie à « égalité », alors Platon, Marx, … valent le Monde : je ne peux m’y résoudre.
    Nietzsche a publié certains de ses livres à compte d’auteur, sans prétention marchande donc. Je ne suis pas certain que les procédés du Monde soient neutres financièrement.
    Si « aussi » signifie « ajout », il y a dans l’ajout une notion de primauté. Est premier ce qui est déjà là, est second ce qui s’y additionne. La noblesse du premier terme est soit temporelle, soit principielle. Bien entendu les mots utilisés dans l’article ne disent pas cela mais c’est bien pourtant ce qu’ils veulent, paradoxalement, signifier.

    « La réciproque n’a à mon sens jamais été vérifiée et il apparaîtrait incongru de la part d’un éditeur d’oeuvres philosophiques tel que J. Vrin de compiler des articles du « Monde » dans le but de les vendre. C’est là qu’apparaît une échelle de valeur, et cette échelle donne un primat à la philosophie. »

    Pour le primat de la philosophie, Roger-Pol Droit s’en charge : les philosophes sont des hommes comme toi. Le problème n’est pas qu’il dégonfle la bubulle mythologique de l’intellectuel dans la Lune. Néanmoins, ce qu’il dit tend à faire du philosophe un dilettante, comme si la ‘philosophie’ était un passe-temps pour bourgeois déprimés en manque de sensations. Le Monde s’adresse à ceux qui ont du pognon, du temps, qui s’emmerdent et qui pensent que leurs lunettes rectangulaires, leurs soldes, leurs dîners mondains, leurs soucis pour leurs prochaines vacances au bout du monde ne suffisent pas à les rendre ‘heureux’. La philosophie comme pharmacopée ou comme divertissement.

    « Finalement, discours médiatique et constructionnisme philosophique possèdent donc chacun leur manière de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » »

    Qui a décrété que « le rôle » de la philosophie est de « ournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » ?

  9. Exercice : Vous comparerez les textes suivants.
    Indication : vous utiliserez la distinction « le travail »/ »le rôle » que le deuxième texte introduit.

    « Devant la spirale de vitesse et de la frivolité où veut nous entraîner le monde contemporain, qui n’a rêvé de prendre du recul et de la réflexion, d’aiguiser son jugement, de cultiver certaines valeurs, de conquérir une plus grande liberté dans la conduite de son existence. »
    http://boutique.lemonde.fr/boutique/product_info.php?products_id=124

    « C’est aussi, depuis toujours, le travail de la philosophie. » que de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » ce qui « est le rôle d’un journal comme Le Monde. »

  10. Mais enfin, cratylogos, êtes-vous sérieux ? Croyez-vous que Roger-Pol Droit soit assez bête pour penser un primat du « Monde » sur la philosophie ? Encore une fois, si tel est le cas, pourquoi alors entreprendre d’éditer pour vulgarisation des textes philosophiques « classiques » ? Pourquoi ne pas s’en tenir qu’au « Monde » comme seul et prétentieux mode permettant de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » ?

    Il me semble que les propos de Droit sont d’insinuer que philosophie et journalisme composent deux appareillages, différenciés mais conjoints, pointant l’idée de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire » (quand à cet intérêt que la philosophie ne pourrait couvrir, expliquez-moi alors à quoi sert la philosophie et ses concepts).

    On en revient finalement à ce premier manichéisme détestable : la philosophie (bien)/les médias (pas bien). C’est vite oublier que – et pour reprendre l’exemple du « Monde » – des plumes telles que Bouveresse, Rancière, Sollers, Descola ou, avant eux, Bourdieu et Castoriadis, pour n’en citer que quelques uns, ont tenté dans ce journal de « fournir des clés pour comprendre le présent et s’orienter dans l’histoire ».

    Deuxième stéréotype : publier ses écrits à compte d’auteur vaut légitimité absolue. Vendre de la philosophie (surtout au rabais : Marx pour à peine 10€ ), voilà le crime. Nietzsche l’a fait. Bernat-Winter, qui écrit sur Nietzsche, vend son livre 16€ chez l’Harmattan. Voici comme l’on assassine la philosophie.

    L’essentiel, dans cette histoire, cratylogos, c’est que « le Monde », par son entreprise éditoriale, puisse permettre à quiconque de découvrir Platon ou Nietzsche.

  11. « On en revient finalement à ce premier manichéisme détestable : la philosophie (bien)/les médias (pas bien). »

    Non. Car la philosophie n’est pour le Monde qu’un simple argument marketing :
    – Ethique à Nicomaque version le Monde : 9,90 €
    – Ethique à Nicomaque édition Vrin, traduction Tricot : 9,50 € (9,03 € avec la réduction de 5%)
    – Ethique à Nicomaque, traduction Bodéüs, édition GF (c’est-à-dire Flammarion, comme le Monde) : 8,30 € (7,89 € avec les 5%)

    « “On comprend mieux le monde à travers l’économie”. Tenter de le comprendre … et de l’expliquer, au jour le jour, tel est l’objectif de ma chronique. […] Avec la conviction que ce qui compte, ce sont d’abord les faits, qu’il faut les regarder tels qu’ils sont. Avant d’en débattre. »
    Erik Izraelewicz

  12. Une opération marketing ? C’est l’affaire du « Monde », non la mienne, qui sera de m’offrir toute la collection à pas cher (cela me donnera l’envie de renouveler quelques anciennes lectures…).

    Quant à l’assertion d’Erik Izraelewicz, je ne vois pas en quoi elle n’est pas recevable et je ne vois pas en quoi il faudrait la lier au fait que « l’Ethique à Nicomaque » peut être lu moyennant 9.90€.

  13. Tu me ressers la même soupe ?
    Retour au potage de départ, au mijoté immotivé.
    Une telle philanthropie hivernale se signe du sceau des restos du coeur de la pensée.

  14. Un an plus tôt :
    « Hélas toujours les mêmes références, celles de vos maîtres. Soyez original, allez chercher votre citation un plus loin que celle qui orne la page d’accueil d’un autre… Seriez-vous myope ? Pauvre serf attaché à sa tenure et payant corvée à son seigneur (corvée pas corvus, ne mélangez pas tout). » Un certain Corvus Corax, opticien sauce Antisthène.

    Un an plus tard, chez le même, en vitrine :
    « Ne pas se dresser contre l’imposture, ne pas la dénoncer, c’est se rendre coresponsable de son éventuelle victoire » (Cornelius Castoriadis)

    Chez l’œil cynique, c’est aussi la ‘crise‘.

  15. Chochotte (petit nom affectueux du choucas),

    Un an déjà ? Il devient quoi ton site ? Merci pour le rappel de l’adresse ! Tout a bien changé tu sais ; la citation n’est plus qu’en fronton d’un site vide. Celle-ci est le titre d’un long article. Tu l’as lu dis ? T’en penses quoi ? Tu gambades toujours dans les BU ?

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