Le Monde, la philo et toi – II

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  • L’entreprise philanthropique du journal Le Monde, baptisée Le Monde de la philosophie, s’affiche aussi dans des recoins, où, en temps normal, on trouve de la publicité : roman, produits de luxe, … Aussi, j’ai eu la joie de remettre la main sur l’exemplaire du mardi 15 janvier 2008 du sus-dit journal :

    « La philosophie nous préserve de l’illusion. Platon » p. 6

    « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Diderot » p. 8

    « L’effort des philosophes tend à comprendre ce que les contemporains se contentent de vivre. Nietzsche » p. 10 ? Non, p. 11

  • Trois philosophes étalés sur vingt cinq siècles et classés par ordre chronologique ; Grèce, France, Allemagne : c’est ça la philo. Gradation dans la critique : Platon, Diderot, Nietzsche. Citations des auteurs comme slogans : tous contre l’illusion, à nous la philosophie populaire. Nietzsche, rupture (décidément, c’est un rebelle) : le philosophe comme conscience réflexive sur le présent. Synthétisons : la philosophie est l’activité pour tous (Diderot), consistant à se sortir de l’illusion (Platon) dans le cadre de la pensée de notre quotidien (Nietzsche). Le sacerdoce du Monde de la philosophie : t’ouvrir la possibilité, à toi, de sortir de l’illusion, d’atteindre donc le réel, le vrai, le ce-qui-se-tient-sous ce flux de « ce que les contemporains se contentent de vivre. » Comprenez-vous ? La philosophie comme dépassement du devenir (= « illusion » ou si vous préférez : « ce que les contemporains se contentent de vivre »). Toi aussi, sors du fleuve, de l’écoulement, monte sur une branche et regarde : perché, là-haut, plus près du monde supra-lunaire et de Dieu, tu peux toi aussi contempler ainsi que te préserver de l’illusion dans laquelle plongent tous ces cons que sont tes « contemporains ».

  • Le naïf, priant pour apercevoir dans toute cette entreprise éditoriale (bien dit, non ?) un acte de bienveillance afin d’apporter les Lumières aux pauvres prisonniers de la caverne, doit certainement être aveugle à tout le tintouin publicitaire. Le Monde porteur d’une mission populaire ? Il faudra trouver un autre média : Paris Match ? Le poids des mots, le choc de la philo.

    Encore plus drôle est la présentation faite de la philosophie : confortable, promettant de nous extraire de ce que nous nous « contentons de vivre ». La philosophie sent bon, est agréable, douce : elle te sort du bourbier, de la fange, de la crasse. Et en plus, tu seras pas pommé, parce qu’elle pense ce que tu te contentes de vivre : ta télé, ton baladeur, ta fête, ton amour, ta politique, ton président. La philosophie ? « L’effort […] [de] comprendre ce que les contemporains se contentent de vivre. » : ne t’inquiète pas, une fois l’effort fait, referme le livre, et hop !, tu peux revivre comme tes contemporains (fait quand même gaffe à l’illusion : c’est Platon qui l’a dit). Une envie critique ? Un peu de philo. Écoute le philosophe, il dit ; écoute Le Monde, il dit ce qu’est la philo.

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